Interview

Entretien avec Cédric Cotte : étudier les réseaux trophiques

Chef d’équipe du programme themisto

À bord du Marion Dufresne, j’ai travaillé avec Cédric Cotté, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), chef d’équipe THEMISTO. Le programme vise à mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes pélagiques de l’océan Austral et du sud de l’océan Indien, dans un contexte de changement climatique.

Peux-tu te présenter ?

Je suis océanographe et biologiste marin au Muséum national d’Histoire naturelle, dans un laboratoire qui travaille sur les écosystèmes, le climat et l’océanographie. Nous sommes là à bord du Marion Dufresne pendant 6 semaines pour réaliser le programme THEMISTO, qui vise à étudier la biodiversité, les communautés de plancton et de poissons, leur distribution et l’impact du climat sur ces populations.

Peux-tu présenter le programme themisto ?

Le cœur du programme concerne les organismes situés entre la base de la chaîne alimentaire et les grands prédateurs, ce qu’on appelle les niveaux trophiques intermédiaires.

Le programme TEMISTO va étudier ce qu’on appelle les niveaux trophiques intermédiaires, c’est-à-dire les organismes qui sont entre le phytoplancton — la base des réseaux trophiques — et les prédateurs qu’on va trouver dans la zone, principalement les oiseaux et les mammifères marins.

Ces organismes comme les salpes, les siphonophores, les myctophidés, les calmars, sont des animaux pélagiques, c’est-à-dire vivant dans la colonne d’eau, loin des fonds et des côtes.

Observer et échantillonner

Pour les étudier, l’équipe combine plusieurs outils.

On utilise d’abord l’outil acoustique, qui nous permet d’avoir un suivi à long terme de ces populations. Et puis on échantillonne ces organismes grâce à un chalut ou un filet à plancton, pour les identifier, travailler sur la biodiversité, puis sur la physiologie, la génétique ou encore les parasites qui les touchent.

➤ Comment fonctionne la détection acoustique active ?

Les scientifiques utilisent des sondeurs acoustiques qui envoient des ondes sonores dans l’eau. Celles-ci se réfléchissent sur les organismes rencontrés (poissons, crustacés, plancton) et reviennent vers le navire.

Selon l’intensité et la fréquence du signal reçu, il est possible d’estimer l’abondance, la profondeur et parfois la taille des organismes.

Cette méthode permet de cartographier la vie marine sur de grandes échelles de distances et d’obtenir par exemple des gradients de biodiversité en fonction des latitudes et donc des paramètres environnementaux.

➤ Le réseau trophique dans l’océan Austral

Dans les eaux polaires du sud, le phytoplancton constitue la base de l’écosystème. Il nourrit le zooplancton, notamment le krill, puis la faune mésopélagique (poissons lanterne, calmar,…) qui alimente ensuite oiseaux marins, phoques et baleines.
Les espèces étudiées par THEMISTO occupent une position clé dans ce système : toute variation de leur abondance peut se répercuter sur l’ensemble de la faune.

De nombreux organismes planctoniques et poissons effectuent chaque jour une migration verticale qu’on appelle la migration nycthémérale : ils remontent vers la surface la nuit pour se nourrir, puis redescendent en profondeur le jour afin d’éviter les prédateurs.
Ce mouvement quotidien, parfois de plusieurs centaines de mètres, structure la distribution de la vie dans l’océan et joue aussi un rôle dans le cycle du carbone.

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